June 8, 2018

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Quelques réflexions sur les barres flexibles de Wilfride Piollet

Quelques réflexions sur les barres flexibles de Wilfride Piollet

 

“Dans mon enseignement, je remplace l’appui de la main à la barre par l’appui de la main sur le corps ou dans l’espace. Les mains posées sur le front en évoqueront la pensée, placées sur le coeur elles en disent l’émoi, appuyées sur les hanches elles en représentent la force. Ce sont ces relations que j’appelle les “barres flexibles”… Dans le corps, chaque muscle, chaque os, chaque viscère a une fonction vitale et poétique… La main, en les indiquant, nous permet de les comprendre, de lire leur histoire, notre histoire.” Rendez-vous sur les barres flexibles Wilfride Piollet (page 40-41) 


En quelques mots Wilfride Piollet rassemble sous l’égide d’une méthode, la barre flexible, la multiplicité des langages du corps : langage des sciences, langage des techniques, langage phénoménologique, langage poétique.


Dans la langue physique, le corps est soumis au règne des forces, de l’inertie, de l’action-réaction, ce troisième principe de la mécanique newtonienne qui envisage la barre comme un point de résistance, origine d’une force de direction contraire à celle du bras qui s’y appuie, et d’intensité comparable. La barre fixe établit un lien gravitationnel entre le danseur et son outil, dont le poids s’établit à partir d’une composante verticale qui le repousse du sol, et d’une composante transversale, qui le renvoie de la barre, comme d’un mur contre lequel le danseur cherchait à s’abriter du vide. La résultante de ces forces, oblique, varie selon l’intensité de l’appui que le danseur recherche à son côté, et applique au danseur une direction vers le haut et le dehors, dans la trajectoire d’un projectile.


Dans la langue technique, la barre permet au danseur de se centrer, à partir d’un référentiel objectif, externe, aux coordonnées fixes : le sol, toujours sous le pied, la barre toujours à côté, destinée à absorber les vacillements d’un axe qui se cherche comme une solution unique à l’énigme de l’équilibre. Hors de son espace intérieur, qui est plein, l’espace du danseur est homogénement vide, et constitue un fond neutre sur lequel il dessine des variations barycentriques, qui sont des ajustements vis à vis d’un principe de vérité, solaire et comme tel immobile, le centre. L’espace baroque puis romantique où se compose le ballet, est déjà sorti du monde clos pour s’inscrire dans l’univers infini, mais déterministe et homogène de l’espace Copernicien, où le repère géométrique de la barre fixe n’autorise pas le développement d’une conscience de l’ émergence de l’espace dans l’interaction avec le corps qui s’y meut. La barre flexible de Wilfride Piollet, propose d’autres référentiels géométriques aux forces qui participent à la recherche de stabilité et d’équilibre, qui sont autant de points de vue qui concourent à la construction d’une conscience de l’axe à partir du centre de masse, à travers ses multiples déplacements au sein d’un complexe de forces mouvantes, qui dessinent la trame de l’espace plein, corporé, complexe, du danseur et de ses appuis mobiles.


Dans la langue de l’expérience, celle du phénomène senti et vécu, la barre flexible sollicite la capacité d’écoute du danseur, à l’affût d’effets non mécaniques de l’expérience de la recherche d’appuis, en vue de découvrir son centre ; l’effet que cela fait, de trouver un appui dans le contact de ses majeurs par les bras en couronne au-dessus de la tête dans le tour en dedans, constitue un fragment de la grammaire de la langue artistique, qui exprime l’être sensible, engagé dans l’action. Wilfride Piollet, qui a toute sa vie pratiqué et étudié cette langue, nous livre quelques indices, sur les chemins qu’il nous faudra arpenter: la force des hanches, l’émoi du coeur, et la définition de la main, qui est en elle-même “acte de désignation”, outil de reconnaissance et de compréhension.


Du corps au corps, qui se différencie dans la relation de la main à la partie qu’elle désigne, du corps à l’espace, qui s’expérimente à travers les forces que la masse y sollicite, dans toutes les directions, du corps à la conscience du corps, par l’éveil concommitant de la sensibilité proprioceptive et de l’émotion sensorielle, Wilfride Piollet nous propose un voyage corporel, c’est à dire physique et spirituel à la fois, grâce à sa méthode des barres flexibles, en quête de la danse, cette dimension où se joue “l’interprétation de notre être”.

 

 

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